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Retour sur la manière dont Diego Maradona a touché le ciel lors d'une demi-finale de Coupe du monde

Malgré son statut de voix du football anglais, le fougueux John Motson n’a jamais été l’orateur le plus agréable à écouter.

Dans la cabine de commentaire, Motson affichait un émerveillement presque enfantin, laissant échapper des sons qui, dans les moments les plus intenses, pouvaient facilement rappeler les cris d’un héron tout proche.

Mais s’il a été le commentateur principal de la BBC pendant plus de trois décennies, ce n’est pas sans raison. Son enthousiasme reflétait souvent les réactions des supporters restés chez eux, avec des exclamations spontanées devant des gestes de talent, de malice et de très grande qualité.

Heureusement, Motson était au stade Azteca pour la demi-finale de la Coupe du monde 1986 entre l’Argentine et la Belgique. Ou, comme elle devrait être connue, la plus grande performance de la carrière de Diego Maradona.

Trois jours après avoir battu l’Angleterre avec des moyens licites et illicites, Maradona a fait encore mieux avec un récital de virtuosité.

Déjà contraints de garder de l’oxygène à portée de main dans l’air raréfié de Mexico, les défenseurs belges semblaient au bord de l’asphyxie.

Lors d'une première période sans but, Maradona a tenté une série de gestes techniques et de passes tranchantes pour percer une défense solide.

À la vue des compilations du match, le premier constat est qu’El Diego évoluait bien au-delà de la capacité de compréhension de ses coéquipiers.

– Dimanche 5 avril 2026

Jorge Burruchaga, Jorge Valdano et les autres n’avaient rien de joueurs du dimanche, comme on le laisse parfois entendre en évoquant la Coupe du monde 1986. Mais la créativité de Maradona était sans équivalent dans l’histoire connue, et a fortiori dans le football.

Motson était souvent pris de court par l’audace de l’Argentin. « Maradona », lance le commentateur de la BBC lorsqu’il amortit un ballon venu du ciel, avant qu’un autre « Oooooh » ne lui échappe une fraction de seconde plus tard.

Il était déjà évident que Maradona était dans un état de grâce et que les certitudes établies sur les limites du possible en football devaient être réévaluées.

Il a vertement réprimandé ses coéquipiers à la pause, laissant Valdano et Oscar Ruggeri « terrifiés », selon le livre de Maradona, Touched by God.

Le capitaine de l’Argentine a aussi compris qu’il devrait gagner le match à lui seul, s’élevant dans une autre dimension, dans l’équivalent footballistique d’un solo psychédélique de Jimi Hendrix.

À la 52e minute, Maradona a pris la profondeur sur une passe de Burruchaga avant même qu’elle ne soit faite.

Aidée par un Eric Gerets beaucoup trop bas, le petit magicien a piqué du gauche pour trouver le filet. On a vu les Belges accuser le coup : ils ont compris que le match était joué.

Son deuxième but est souvent comparé au plus célèbre inscrit contre l’Angleterre, une comparaison que Maradona lui-même détestait.

« Ne comparez pas le but contre l’Angleterre à celui contre la Belgique », a-t-il écrit dans Touched By God.

« C’est ce que j’ai dit à mon frère, qui a été le premier à faire cette comparaison, puis je l’ai répété à tout le monde : ne me dites pas que ce but est meilleur que celui que j’ai marqué contre les Anglais. »

Mais si son but contre l’Angleterre fut le Purple Haze de Maradona, une œuvre d’art qui dépassait le cadre du terrain, celui-ci fut son Little Wing — le moment où un génie atteignit son sommet.

En dansant à travers la défense belge, il a tellement désorienté Gerets que le défenseur central s'est retrouvé dos à Maradona dans sa propre surface. Pas étonnant qu'il ait été surnommé « le pauvre Gerets » dans Touched By God.

Malgré son manque d’équilibre, Maradona a réussi à déclencher une frappe pleine puissance qui a trompé Jean-Marie Pfaff. Fin du match.

L’Argentine étant qualifiée pour la finale contre l’Allemagne de l’Ouest, qui avait battu la France plus tôt dans la journée, le capitaine a géré les 25 dernières minutes avec une série de dribbles et de gestes techniques.

Il eut encore le temps d’échapper à une intervention qui faillit lui arracher les jambes du torse, puis de remettre en retrait pour Valdano, lequel gâcha le courage de son capitaine en expédiant sa frappe dans les tribunes.

Dans la cabine de commentaire de la BBC, Motson et Jimmy Hill en restaient bouche bée chaque fois que Maradona touchait le ballon.

Une réaction parfaitement compréhensible : les récepteurs de dopamine dans le cerveau de l’ensemble des spectateurs étaient saturés. Le mieux était encore de se laisser porter et de tout savourer.

« Il nous a détruits », se remémorait 30 ans plus tard le milieu belge Enzo Scifo. Il a aussi fixé la référence que les autres devaient suivre. On peut soutenir que personne ne l’a jamais atteinte.

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